Depuis la loi de transformation de la fonction publique de 2019, quitter l’Éducation Nationale n’implique plus nécessairement une démission sans droits. La rupture conventionnelle est devenue un levier stratégique pour les enseignants souhaitant entamer une reconversion professionnelle tout en sécurisant leur transition financière. Cependant, l’administration rectorale dispose d’un pouvoir discrétionnaire : obtenir cet accord demande une préparation rigoureuse. Ce guide détaille les étapes, les calculs financiers et les modèles de lettre indispensables pour votre dossier.
Le cadre juridique de la rupture conventionnelle pour les agents de l’État

Instaurée par le décret n° 2019-1593, la rupture conventionnelle permet une séparation à l’amiable entre l’enseignant (titulaire ou contractuel en CDI) et son administration. Contrairement à la démission, elle ouvre droit à deux avantages majeurs :
Attention : L’administration n’a aucune obligation d’accepter votre demande. Le refus n’a pas à être motivé, ce qui rend la qualité de votre projet professionnel et votre positionnement hiérarchique déterminants.
Éligibilité et exclusions
La rupture conventionnelle est ouverte aux fonctionnaires titulaires et aux agents contractuels en CDI. Elle est en revanche exclue pour :
- Les fonctionnaires stagiaires.
- Les agents ayant atteint l’âge d’ouverture du droit à une retraite à taux plein (généralement entre 62 et 64 ans selon l’année de naissance).
- Les agents en cours de période d’essai pour les contractuels.
- Les agents ayant un engagement de servir l’État suite à une formation (ex: anciens élèves de l’ENS) non encore honoré.
Calcul de l’indemnité (ISRC) en 2024
Le montant de l’indemnité est négocié, mais il est encadré par des planchers (minimum légal) et des plafonds (maximum autorisé) basés sur votre ancienneté et votre rémunération brute globale de l’année civile précédant la rupture.
| Ancienneté de service | Montant plancher (Minimum) | Montant plafond (Maximum) |
|---|---|---|
| Jusqu’à 10 ans | 1/4 de mois de rémunération brute par année | 1/12 de la rémunération brute annuelle par année d’ancienneté (dans la limite de 24 ans) |
| De 10 à 15 ans | 2/5 de mois de rémunération brute par année | |
| De 15 à 20 ans | 1/2 de mois de rémunération brute par année | |
| De 20 à 24 ans | 3/5 de mois de rémunération brute par année |
Note : Le plafond total ne peut excéder l’équivalent de deux années de rémunération brute.
La procédure étape par étape
Pour savoir Comment obtenir une rupture conventionnelle dans l’Éducation Nationale, il faut respecter un formalisme strict afin d’éviter un rejet sur la forme.
1. L’envoi de la demande officielle
Vous devez envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) au Recteur de votre académie, sous couvert de votre supérieur hiérarchique direct (IEN pour le 1er degré, Chef d’établissement pour le 2d degré). Ce courrier manifeste votre volonté d’engager la procédure sans pour autant constituer une démission.
2. L’entretien préalable
Une fois la demande reçue, l’administration vous convoque à un entretien (au moins 10 jours francs après réception de votre lettre). C’est le moment clé de la négociation. Conseil : Faites-vous impérativement assister par un conseiller syndical. L’entretien porte sur les motifs du départ, la date de fin de fonction et le montant de l’indemnité.
3. Signature et délai de rétractation
Si un accord est trouvé, une convention de rupture est signée. Un délai de rétractation de 15 jours francs commence le lendemain de la signature. Durant ce délai, chaque partie peut annuler la procédure par lettre recommandée.
Optimiser ses chances de succès
Les rectorats valident prioritairement les dossiers qui ne « coûtent » pas trop cher en termes de ressources humaines (zones non déficitaires) ou ceux présentant un projet de reconversion solide.
- Le Projet Professionnel : Présentez un projet concret (création d’entreprise, formation diplômante, promesse d’embauche). Un agent qui a un « après » est perçu comme moins susceptible de revenir, ce qui rassure l’administration.
- Le Calendrier : Demandez une date d’effet au 1er septembre. Partir en milieu d’année scolaire est souvent un motif de refus pour « nécessité de service ».
- Le Conseiller en Mobilité Carrière (CMC) : Sollicitez un rendez-vous avec le CMC de votre académie avant d’envoyer votre lettre. Son avis peut peser favorablement dans l’étude de votre dossier par les services RH.
Modèles de lettre pour votre demande
Lettre de demande d’entretien (Modèle type)
[Prénom Nom]
[NUMEN / Grade]
[Affectation]
À l’attention de Monsieur/Madame le Recteur de l’Académie de [Nom], sous couvert de [Supérieur hiérarchique]
Objet : Demande de rupture conventionnelle
Monsieur le Recteur,
Conformément aux dispositions du décret n° 2019-1593 du 31 décembre 2019, j’ai l’honneur de vous informer de mon souhait d’engager une procédure de rupture conventionnelle de mes fonctions à compter du [Date souhaitée].
Je souhaite que nous puissions convenir d’un entretien préalable afin d’évoquer les conditions de cette rupture, notamment le montant de l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle et mon projet de reconversion professionnelle. Je prévois d’être assisté(e) lors de cet entretien par un représentant syndical.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Recteur, l’expression de mes salutations distinguées.
Fait à [Ville], le [Date]. [Signature]
Que faire en cas de refus ?
Le refus est fréquent. Voici les alternatives si la rupture conventionnelle vous est opposée :
- Le recours gracieux : Demander au Recteur de revoir sa position en apportant de nouveaux éléments sur votre projet.
- La disponibilité pour convenance personnelle : Elle permet de quitter l’enseignement pour travailler dans le privé ou créer une entreprise, mais sans indemnité ni chômage. Elle préserve toutefois votre statut de fonctionnaire.
- La démission : Solution ultime. Si elle est acceptée, elle rompt tout lien avec l’administration mais n’ouvre pas droit aux ARE (sauf démission légitime comme le suivi de conjoint).
Information cruciale : Si vous obtenez une rupture conventionnelle et que vous êtes recruté à nouveau par une administration publique dans les 6 ans suivant la rupture, vous devrez rembourser intégralement l’indemnité perçue à l’État.
En conclusion, la rupture conventionnelle dans l’Éducation Nationale est un parcours de négociation. En maîtrisant les textes réglementaires et en présentant un projet de reconversion structuré, vous transformez une procédure administrative complexe en une opportunité réelle de renouveau professionnel.
