Imaginez la scène : vous recevez un courrier de votre propriétaire annonçant la révision annuelle de votre loyer. Cependant, votre logement est une passoire thermique ou le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) fourni semble erroné, voire il est « vierge ». Depuis la Loi Climat et Résilience, la performance énergétique est devenue un critère légal pour autoriser ou interdire toute hausse de loyer. Découvrez comment contester une augmentation de loyer basée sur un DPE erroné ou vierge : guide complet et recours pour protéger votre budget.
Le cadre légal : le gel des loyers pour les passoires thermiques

La réglementation française interdit désormais toute augmentation de loyer pour les logements les plus énergivores. Cette mesure vise à inciter les bailleurs à réaliser des travaux de rénovation thermique, une étape cruciale pour ceux qui souhaitent trouver et exploiter le bon studio dans un marché locatif de plus en plus exigeant.
Depuis le 24 août 2022, aucune révision de loyer (indexation annuelle basée sur l’IRL) ne peut être appliquée pour les logements classés F ou G. Cette interdiction concerne les nouveaux baux, les renouvellements et les contrats en cours, partout en France. Si votre bailleur tente d’appliquer une hausse alors que votre étiquette énergétique est médiocre, celle-ci est illégale.
Le cas du DPE vierge et l’absence de preuve
Un DPE vierge (sans étiquette A à G) était courant pour les diagnostics réalisés avant juillet 2021, faute de factures de consommation disponibles. Or, pour augmenter un loyer, le propriétaire a désormais l’obligation de prouver que le logement n’est pas classé F ou G. Un DPE vierge ne permettant pas d’apporter cette preuve, il bloque de fait toute révision de loyer depuis le 24 août 2022.
Identifier un diagnostic invalide ou contestable
Pour savoir si vous pouvez contester l’augmentation, vérifiez d’abord la validité juridique du DPE qui vous a été remis. Un diagnostic a une durée de vie limitée, raccourcie par la réforme de 2021.
| Date de réalisation du DPE | Date de fin de validité | Conséquence pour le loyer |
|---|---|---|
| Avant le 31 décembre 2017 | 31 décembre 2022 (Expiré) | Hausse impossible sans nouveau DPE. |
| Entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 | 31 décembre 2024 | Valide, mais contestable si les faits (factures) contredisent la note. |
| Depuis le 1er juillet 2021 | 10 ans après sa réalisation | DPE opposable : la responsabilité du diagnostiqueur est engagée. |
Note importante : Si le DPE est « opposable » (réalisé après juillet 2021), cela signifie que si les caractéristiques du logement (isolation, fenêtres) sont fausses, vous pouvez engager la responsabilité du propriétaire pour obtenir une baisse de loyer ou l’annulation de la hausse.
Comment contester : étapes et recours
Si vous recevez une notification d’augmentation alors que le DPE est expiré, vierge ou classé F/G, ne restez pas passif. Voici la marche à suivre :
Étape 1 : La contestation amiable par LRAR
Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) à votre propriétaire ou à l’agence. Mentionnez l’article 159 de la Loi n° 2021-1104 (Loi Climat) qui gèle les loyers des classes F et G. Précisez que, faute de DPE valide ou en raison d’une étiquette interdite, la révision annuelle ne peut s’appliquer.
Étape 2 : La saisine de la Commission Départementale de Conciliation (CDC)
Si le bailleur maintient sa position, saisissez la CDC. Cette démarche est gratuite. La commission réunit locataire et propriétaire pour trouver un accord. Dans la majorité des cas, si le DPE est manifestement non conforme, la commission donnera raison au locataire, évitant ainsi un procès.
Étape 3 : Le recours judiciaire
En dernier recours, le tribunal judiciaire peut être saisi. Le juge pourra prononcer l’annulation de l’augmentation, le remboursement des trop-perçus et parfois même des dommages et intérêts si le logement est considéré comme indécent énergétiquement.
Calendrier de la décence énergétique : anticiper le futur
Au-delà du gel des loyers, la loi prévoit l’interdiction progressive de louer les logements les plus énergivores s’ils ne sont pas rénovés :
- Depuis le 1er janvier 2023 : Interdiction de louer les « G+ » (consommation > 450 kWh/m²/an).
- 1er janvier 2025 : Interdiction de louer tous les logements classés G.
- 1er janvier 2028 : Interdiction de louer les logements classés F.
- 1er janvier 2034 : Interdiction de louer les logements classés E.
Si votre logement entre dans ces catégories, votre propriétaire a l’obligation de réaliser des travaux pour maintenir le bien sur le marché locatif. Contester une hausse aujourd’hui, c’est aussi rappeler au bailleur ses obligations de rénovation pour demain.
Conclusion
La révision du loyer n’est plus automatique : elle est conditionnée par la performance énergétique réelle du bâti. En vérifiant la validité et la note de votre DPE, vous pouvez légitimement refuser une augmentation injustifiée et ainsi mieux apporter du confort au quotidien dans votre foyer sans grever votre budget. Un locataire informé est un locataire protégé : n’hésitez pas à solliciter l’ADIL (Agence Départementale d’Information sur le Logement) de votre secteur pour un conseil juridique gratuit et personnalisé.
